Ce que Spinoza et Descartes m’ont aidé à comprendre sur la dysphorie de genre et les transitions de genre
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Plublié le 25 janvier 2026
par Cyril Chevrot
Original: Facebook – Ce que Spinoza et Descartes m’ont aidé à comprendre sur la dysphorie de genre et les transitions de genre
Je pars d’un principe simple, presque évident, sans lequel aucune pensée rationnelle n’est possible : le réel existe indépendamment de ce que j’en dis. Si je renonce à ce principe, alors je renonce à la science, à la médecine, à la philosophie, et même à la possibilité du désaccord raisonnable.
Il ne reste que des récits concurrents, également infalsifiables.
Modifier irréversiblement le corps pour résoudre une erreur de représentation n’est pas un progrès médical ; c’est un renversement de la clinique. C’est soigner le symptôme en consacrant l’erreur.
Descartes m’a appris que le doute n’est pas une fuite hors du réel, mais une méthode pour atteindre ce qui lui résiste. Le doute cartésien n’est pas un relativisme ; il est une ascèse intellectuelle visant à dégager ce qui ne dépend pas de mes affects. Or le corps résiste. Le corps est mesurable, objectivable, soumis à des lois indépendantes de mon ressenti. Le sexe biologique appartient à cet ordre-là : celui des faits, non des déclarations.
Spinoza m’a conduit encore plus loin. Chez lui, il n’existe pas deux règnes séparés — l’un matériel, l’autre psychique. Le corps et l’esprit sont une seule et même réalité comprise sous deux attributs. L’esprit est l’idée du corps, et non son correctif. Le ressenti n’est jamais une autorité souveraine ; il est un effet, produit par des causes que nous comprenons mal ou pas encore.
À partir de là, une conséquence s’impose avec une rigueur implacable :
dans la dysphorie de genre, lorsque quelqu’un affirme être d’un autre sexe que celui que montrent l’ensemble de ses données biologiques, il ne s’agit pas d’une nouvelle réalité ontologique, mais d’un conflit entre le ressenti et le réel corporel. Les données biologiques sont objectives : chromosomes, gamètes, organisation sexuelle du corps, développement embryonnaire. Elles convergent. Il n’y a pas d’ambiguïté ontologique ici.
Dire « je suis d’un autre sexe » n’est pas une opinion métaphysique respectable parmi d’autres ; c’est une proposition factuelle fausse au regard du réel biologique.
On objecte souvent que le ressenti est profond, durable, douloureux. Je ne le nie pas. Mais la douleur n’a jamais été un critère de vérité.
Il n’y a rien de plus cruel que d’enfermer quelqu’un dans son ressenti en lui disant que le réel doit s’y plier. La tâche authentiquement humaine n’est pas d’abolir le réel, mais d’aider à le comprendre.
L’anorexique se ressent gros dans la maigreur extrême ; son ressenti est réel, mais erroné. Personne ne soutient sérieusement qu’il faudrait adapter le réel à cette erreur en prescrivant un régime. On soigne l’esprit pour le resynchroniser avec le corps, on ne mutile pas le corps pour apaiser une représentation inadéquate.
Il n’existe aujourd’hui aucune preuve scientifique, aucune donnée mesurable, aucun marqueur objectif permettant d’établir l’existence d’un “sexe psychique” indépendant du corps.
Tout repose sur le déclaratif.
Or si le déclaratif devient critère de vérité, alors plus rien ne tient : plus de diagnostic possible, plus de distinction entre erreur et réalité, plus de science du corps.
Il faudra croire tout le monde sur parole, et renoncer à la raison au nom de la bienveillance. C’est précisément ce que je refuse.
Je refuse l’idée que la transition de genre — hormonale ou chirurgicale — soit une réponse rationnelle à un conflit entre le ressenti et le réel. Modifier irréversiblement le corps pour résoudre une erreur de représentation n’est pas un progrès médical ; c’est un renversement de la clinique. C’est soigner le symptôme en consacrant l’erreur.
Qu’on ne se trompe pas : je ne nie pas la souffrance des personnes dysphoriques. Je la prends au sérieux — trop au sérieux pour la dissoudre dans l’idéologie. Car il n’y a rien de plus cruel que d’enfermer quelqu’un dans son ressenti en lui disant que le réel doit s’y plier. La tâche authentiquement humaine n’est pas d’abolir le réel, mais d’aider à le comprendre.
La médecine et la philosophie n’ont pas pour vocation de conforter les illusions, mais de restaurer une adéquation plus juste entre le sujet et le monde. Cette tâche est longue, difficile, parfois tragique. Mais elle est la seule compatible avec la dignité humaine et l’exigence de vérité.
Je refuse donc l’inversion contemporaine des valeurs, où le ressenti devient sacré et où le réel devient suspect. Je refuse que la morale ou la politique dictent ce qui est.
Le réel n’a pas à être juste ; il a à être compris. Et c’est précisément cette fidélité au réel — cartésienne par la méthode, spinoziste par l’ontologie — qui rend toute émancipation possible.
Renoncer à cela, ce n’est pas être plus humain. C’est renoncer à la pensée.
Débats et interviews de Cyril Chevrot sur ce sujet
- Je débats ici avec une spécialiste de l’éducation et elle défend l’éducation non genrée : https://youtu.be/IVeuYLW3tRM?si=fEyJVh4hpRz3Wlpb
- Je débats ici avec une personne trans : https://youtu.be/yAQlTMCnHoI?si=W0wcTCuNkohOYLBq
- Comment est-ce possible une telle augmentation des dysphories de genre ? Réponses ici : https://youtu.be/QL52BtlACNU?si=6lr2jHxq-xihonmL