Photo par Akram Huseyn sur Unsplash
Plublié le 6 décembre 2025
par Joël De Ceulaer
Original: De Morgen – ‘Ik ben kwaad op de artsen in de genderkliniek’: deze ouders van pubers in transitie trekken aan de alarmbel
Certains parents d’adolescents en transition tirent la sonnette d’alarme. À travers leurs témoignages, ils veulent avertir que les soins prodigués aux enfants dans une clinique spécialisée dans les questions de genre ne sont pas toujours aussi prudents qu’ils le devraient. « Le psychologue ne voulait pas traiter sa dépression. Il était uniquement là pour accompagner le processus de transition. »
« M. était une enfant joyeuse et intelligente », raconte son père. « Mais à l’adolescence, elle a connu de grandes difficultés psychologiques. Elle a sombré dans une profonde dépression et a commencé à s’automutiler. Nous l’avons emmenée à plusieurs reprises aux urgences psychiatriques de l’UZ Gent. Elle a également été hospitalisée sous contrainte à quelques reprises.
La situation semblait sans issue, nous avons parfois été désespérés, mais nous avons toujours tout fait pour aider notre fille. Jusqu’à consulter la clinique du genre à Gand. Ce qui s’est passé là-bas est tellement hallucinant que nous n’arrivons toujours pas à y croire. »
Une enfant dépressive, suicidaire, qui se mutile et qui s’est déjà souvent retrouvé aux urgences, cet homme l’envoie sur la table d’opération.
Roger témoigne anonymement, en son nom propre, comme tous les parents ici, dans l’intérêt de leurs enfants. Ils racontent leur histoire pour avertir les autres. Les initiales de leurs enfants ont également été modifiées afin que personne ne puisse les reconnaître.
M., avec qui il est impossible de prendre contact aujourd’hui, a consulté à plusieurs reprises un psychologue à la clinique du genre de l’UZ Gand. « À l’âge de 18 ans, elle nous a dit qu’elle savait enfin pourquoi elle ne se sentait pas bien depuis des années : elle se sentait comme un garçon.
Nous ne comprenions pas, mais nous étions prêts à aller parler à un psychologue spécialisé. Nous pensions qu’il examinerait sérieusement ce qui n’allait pas chez notre enfant, si elle souffrait vraiment de dysphorie de genre. Car M. est intelligente, mais elle est autiste et n’est pas très développée dans tous les domaines : sur le plan émotionnel, c’est comme si elle avait 4 ans. Pour nous, et pour les professionnels qui l’ont accompagnée, elle est en fait mineure.
« Lorsque nous avons frappé à la porte de la clinique spécialisée dans les questions de genre, elle avait déjà traversé une longue période de souffrance. Elle était alors en cours de demande d’euthanasie, car elle considérait sa dépression comme sans issue. »
À l’UZ Gent, M. a eu plusieurs entretiens avec le psychologue. Roger ne s’inquiétait pas beaucoup. « Mais entre-temps, nous avons appris que M. avait changé deux fois d’avis au sujet de sa dysphorie de genre pendant les consultations », explique Roger.
« Pourtant, on a finalement adhéré à son histoire et on nous a envoyés dans un petit magasin où l’on peut acheter des binders : pour aplatir un peu les seins. En fait, on ne nous a jamais consultés et je pense qu’on n’a jamais lu l’intégralité de son dossier. Je m’en veux d’avoir été si naïf et d’avoir laissé les choses se passer ainsi. Lorsque M. a dû se rendre à un entretien avec le psychiatre, tout a mal tourné. »
Une procédure accélérée
Le psychologue avait rassuré Roger : rien de particulier ne se passerait chez le psychiatre, il s’agissait d’un entretien exploratoire. « Mais cela s’est avéré faux », dit Roger. « Après un seul entretien chez le psychiatre, M. a été orientée vers un chirurgien pour se faire amputer les seins.
Ils se sont immédiatement concentrés sur la transition. Je me souviens encore que le psychologue m’a dit que nous devions nous adresser à quelqu’un d’autre pour le traitement de la dépression.
« Une enfant dépressive, suicidaire, qui se mutile et qui s’est déjà souvent retrouvé aux urgences, cet homme l’envoie sur la table d’opération. Alors qu’il aurait dû très bien connaître le dossier de mon enfant, surtout avec toutes ces admissions aux urgences. C’est incompréhensible. »
Chez le chirurgien, la stupéfaction de Roger et de sa femme n’a fait que croître. « Il n’avait manifestement pas lu le dossier et ne faisait pas preuve de la prudence requise. Il a immédiatement ouvert son agenda et a dit : « Ça tombe bien, j’ai encore une place disponible pour une opération la semaine prochaine. » Nous étions complètement abasourdis. »
L’opération a eu lieu, raconte Roger. Mais il n’y a eu aucune amélioration, à aucun égard. « M. n’a fait que sombrer davantage. Ma fille n’a plus de seins, mais aussi tragique que cela puisse paraître, ce n’est même pas ma plus grande préoccupation. M. est hospitalisée en permanence et vit dans l’isolement.
Pour elle, c’est une situation sûre, qui lui permet de tirer le meilleur parti de sa vie. Elle est autorisée à quitter sa chambre plusieurs fois par jour avec un accompagnateur. Une fois par mois, elle passe l’après-midi à la maison. L’UZ Gent nous a envoyé une lettre nous informant qu’ils ne prendraient aucune autre mesure médicale. M. n’est pas éligible pour un traitement hormonal. »
Roger est resté longtemps silencieux. « Mais maintenant, je suis en colère contre les médecins de la clinique spécialisée dans les questions de genre », dit-il. « J’ai du mal à accepter de n’avoir jamais porté plainte contre ce psychiatre. Aujourd’hui, je veux avertir les autres parents. Nous pensons que la dysphorie de genre de M. a été principalement exacerbée par le fait qu’elle passait beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. »
Pour J., la fille de Monique, il cela a aussi été une révélation soudaine. J. avait 16 ans lorsqu’elle a annoncé à sa mère qu’elle souhaitait changer de sexe. « Elle n’en avait jamais parlé auparavant. Cela m’a beaucoup surprise, car enfant, elle aimait beaucoup jouer à la poupée », raconte Monique.
« Mais je n’ai pas réagi négativement, je lui ai dit que j’allais chercher avec elle plus d’informations sur ce type de transition. Je voulais gagner du temps, attendre. Mais elle a eu des problèmes à l’école et est devenue très dépressive. J’ai alors contacté la clinique spécialisée dans les questions de genre de l’UZ Gent. »
Monique est également surprise par la rapidité avec laquelle le psychologue adhère au récit de J. « Il a immédiatement énuméré toutes les étapes et toutes les possibilités, comme si nous étions au salon de l’automobile et qu’on nous présentait un catalogue d’options.
« Je pensais néanmoins que l’équipe spécialisée dans les questions de genre allait examiner ma fille de manière approfondie afin de vérifier s’il s’agissait réellement d’une dysphorie de genre. J’étais convaincue qu’ils comprendraient qu’il fallait d’abord traiter la dépression. J. est autiste, je pensais donc qu’ils en tiendraient compte. »
Ce ne fut pas le cas, explique Monique. « Ils se sont immédiatement concentrés sur la transition. Je me souviens encore que le psychologue m’a dit que nous devions nous adresser à quelqu’un d’autre pour le traitement de la dépression. Il était uniquement là pour accompagner le processus de transition. »
Entretiens supplémentaires
J. est rapidement passé du psychologue à l’endocrinologue, où sa mère s’est à nouveau sentie ignorée. « Lorsque j’ai demandé des explications sur la procédure et ses conséquences, l’endocrinologue m’a répondu de manière très laconique : « Vos questions doivent être posées au psychologue, nous ne faisons qu’exécuter ce qu’on nous demande. »
Pourquoi ne cherche-t-on pas d’abord à apprendre aux jeunes à accepter leur corps et à gérer leurs autres problèmes mentaux ?
J’ai alors demandé un entretien supplémentaire avec un autre psychologue, qui s’est montré plus compréhensif. Mais j’avais l’impression qu’on me regardait de travers, comme si j’étais une mère transphobe qui ne voulait pas le meilleur pour son enfant. »
Aujourd’hui, J., âgée de 18 ans, prend de la testostérone depuis un an. « Mais mon enfant souffre toujours de dépression », explique Monique. « Je ne comprends pas que les psychologues de la clinique du genre pour adolescents n’envisagent pas d’abord de suivre ces jeunes pour détecter un éventuel autisme ou de les traiter pour dépression ou pensées suicidaires.
On pourrait penser qu’une personne qui souffre pour la première fois de dysphorie de genre à 17 ans ne devrait pas pouvoir entamer immédiatement sa transition. Pourquoi ne cherche-t-on pas d’abord à apprendre aux jeunes à accepter leur corps et à gérer leurs autres problèmes mentaux ? »
Roger et Monique ne sont pas les seuls parents à nous avoir fait part de leur témoignage. Nous connaissons entre autres l’histoire de deux autres couples de parents qui s’interrogent sur le chemin choisi par leurs filles respectives. L’une d’elles a déjà effectué sa transition et a rompu tout contact avec ses parents.
Les autres parents tentent de convaincre leur enfant qu’elle doit d’abord traiter ses autres problèmes – encore une fois : dépression, automutilation, autisme – chez un psychiatre ordinaire avant de se rendre à la clinique du genre.
Attendre un peu
Un témoignage nous est également parvenu de Wallonie, concernant la clinique du genre de l’hôpital universitaire de Liège. Les ingrédients étaient identiques à ceux des histoires précédentes. La mère de L., une enfant souffrant de graves problèmes mentaux, a appris de manière inattendue que sa fille voulait devenir un garçon.
Lors d’un premier rendez-vous à Liège, la psychologue a immédiatement adhéré au récit de la fille : elle s’adressait à elle en l’appelant « le jeune X », c’est-à-dire un garçon, à la grande stupéfaction de la mère. Sa fille était gravement dépressive, s’automutilait et souffrait d’un trouble alimentaire. Selon la mère, la psychologue n’y a prêté aucune attention.
« Aujourd’hui, notre fille L. a 19 ans », explique Véronique. « Elle réussit très bien à l’université et maîtrise ses problèmes mentaux grâce à l’aide d’un psychiatre. J’ai réussi à la convaincre d’attendre avant de consulter à nouveau à Liège.
L. est intelligente et sait que le cerveau n’atteint sa maturité qu’à l’âge de 25 ans. Elle attendra jusque-là avant de prendre une décision. J’en suis heureuse, car à Liège, elle serait déjà engagée dans un parcours médical. Et je ne veux pas qu’elle subisse des choses qu’elle regrettera plus tard. »
RÉPONSE
« Chaque étape est précédée de longues discussions »
Le psychiatre dont le père de M. dit qu’il l’a orientée vers une mastectomie après une seule consultation ne souhaite pas réagir et n’est pas en mesure de le faire, selon ses propres dires. Nous respectons bien sûr son anonymat.
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La psychologue qui, à Liège, s’est adressée à la fille de Véronique comme à un garçon dès qu’elle l’a saluée, réagit. Elle ne souhaite pas s’exprimer sur ce cas particulier, mais tient à expliquer les principes qu’elle applique dans son travail.
Elle comprend l’inquiétude des parents, mais affirme que l’utilisation du prénom souhaité par l’enfant crée un « climat non stigmatisant », qui permet à l’enfant de s’exprimer librement, sans que cela ait d’impact sur le choix final qui sera fait.
Selon elle, le fait de confirmer immédiatement le genre souhaité par l’enfant ne signifie pas que le processus est irréversible. Toutes les comorbidités, telles que la dépression et l’automutilation, sont également analysées. L’objectif n’est pas la transition, mais bien d’aider l’enfant.
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Le porte-parole du CHU Liège, l’hôpital universitaire de Liège, ne souhaite pas réagir.
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Guy T’Sjoen, endocrinologue et coordinateur médical du Centre de sexologie et de genre de l’UZ Gent, réagit quant à lui. Il ne peut se prononcer sur ces histoires, qui l’ont beaucoup choqué. Mais son équipe est ouverte à une discussion avec les parents concernés.
Il décrit les deux piliers de l’approche des 17-23 ans comme « prendre le temps et tenir compte du contexte ». « Chaque étape du parcours de soins est précédée de plusieurs longues discussions. (…) Tous les problèmes de santé mentale susceptibles d’avoir un impact négatif sur les traitements d’affirmation du genre doivent être parfaitement connus, évalués ou (dans la mesure du possible) traités avant de prendre une décision concernant une intervention médicale. » L’approche est interdisciplinaire.
« Notre approche suscite des questions critiques », écrit T’Sjoen. « Pour certains, nous sommes trop prudents. Les personnes transgenres ont tout intérêt à commencer leur traitement le plus tôt possible. (…) Pour d’autres, nous ne sommes pas assez prudents, car il s’agit après tout de jeunes