Céline Masson et Caroline Eliacheff. Fabien Clairefond
Publié le 10 février 2026
par Céline Masson et Caroline Eliacheff
Original: Le Figaro – Gendertransities onder minderjarigen: het tij keert
Depuis la semaine dernière, la Société américaine des chirurgiens plasticiens recommande de reporter la chirurgie de changement de sexe chez les adolescents après la majorité. Une prise de conscience qui tranche avec les dérives dont les transitions de genre ont fait l’objet, saluent les deux psychanalystes.
Co-directrices de l’Observatoire de la petite sirène, Céline Masson et Caroline Eliacheff ont publié « Le Sermon d’Hippocrate » (Éditions de l’Observatoire, 2025).
Dans un texte engagé sur la plateforme d’autoédition en ligne Substack, la gynécologue-obstétricienne américaine Karla Solheim, qui se définit comme « progressiste, lesbienne et pour l’IVG », a alerté les organisations médicales au sujet de l’autorité mondiale de référence en matière de médecine dite « de genre », la WPATH. Cette alerte mérite une attention du public français.
Plus grave encore, la WPATH a présenté ses « normes de soins 8 » comme fondées sur des analyses systématiques indépendantes, une gestion rigoureuse des conflits d’intérêts et une hiérarchisation des preuves. Or, les documents internes montrent que ces exigences méthodologiques n’ont pas été respectées.
Depuis plusieurs années, la World Professional Association for Transgender Health (WPATH) s’est imposée, y compris en Europe (sous l’acronyme Epath, branche européenne) par ses normes de soins (Standards of Care, SOC), largement suivies par des sociétés savantes, des autorités sanitaires, des assureurs et des tribunaux. Elles orientent des décisions médicales lourdes de conséquences, en particulier chez les mineurs, allant dans le sens d’engager au plus vite la transition médico-chirurgicale de ceux qui souffrent de « ne pas être né dans le bon corps ».
Or, des documents importants impliquant la santé de mineurs et de personnes vulnérables révèlent que la WPATH a manipulé ses propres processus scientifiques afin de faire correspondre les données aux recommandations qu’elle souhaitait promouvoir.
Karla Solheim révèle qu’en juillet dernier, la Federal Trade Commission (FTC) américaine a tenu une audition publique afin de révéler de possibles fraudes dans la médecine de genre pour les jeunes. Des témoignages d’experts, dont celui du chercheur Leor Sapir, ont mis en lumière des pratiques préoccupantes, comme la mise sous le boisseau de données défavorables à leurs préconisations, l’entrave à la publication de revues systématiques indépendantes, et la présentation trompeuse du niveau de preuve des recommandations. Ces accusations reposent sur des documents internes obtenus dans le cadre de procédures judiciaires, notamment par l’État de l’Alabama, aujourd’hui accessibles au public. Elles méritent, à tout le moins, une réponse claire et argumentée de la WPATH, ce qu’elle s’est gardée de faire jusqu’à présent.
Face à la fragilité croissante de ses bases scientifiques, la WPATH avait pourtant entrepris, à partir de 2017, une démarche a priori louable : confier à une équipe indépendante de l’université Johns Hopkins, dirigée par le Dr Karen Robinson, experte mondialement reconnue en médecine fondée sur les preuves, la réalisation de revues systématiques destinées à étayer les futures recommandations SOC 8.
Mais lorsque ces revues n’ont pas confirmé les bénéfices escomptés des traitements médicaux chez les adolescents, à savoir bloqueurs de puberté, hormones croisées et chirurgies, la WPATH aurait exercé des pressions pour empêcher leur publication. Sur des dizaines d’études, seules deux ont finalement été autorisées à paraître. Les autres, notamment celles portant sur les effets à long terme chez les mineurs, ont été censurées.
Comme explication, la WPATH a affirmé publiquement que des revues systématiques étaient « impossibles » faute de données suffisantes, une affirmation contredite par les principes mêmes de la médecine factuelle.
L’ASPS réaffirme le principe selon lequel les traitements doivent améliorer la santé et pas uniquement répondre à une demande.
Plus grave encore, la WPATH a présenté ses « normes de soins 8 » comme fondées sur des analyses systématiques indépendantes, une gestion rigoureuse des conflits d’intérêts et une hiérarchisation des preuves. Or, les documents internes montrent que ces exigences méthodologiques n’ont pas été respectées. De nombreuses sociétés savantes ont ainsi été induites en erreur, en accordant leur soutien à des recommandations dont la solidité scientifique était largement surestimée. Cette situation engage la responsabilité collective du milieu médical.
Il ne s’agit pas ici d’une attaque contre les personnes transgenres, ni d’un rejet de toute prise en charge médicale. Il s’agit d’un principe fondamental sur lequel repose la médecine : les recommandations médicales doivent être fondées sur des preuves transparentes, indépendantes et honnêtement présentées, en particulier lorsqu’elles concernent des enfants et des adolescents.
Aussi, l’alerte courageuse de la gynécologue Karla Solheim à la communauté médicale doit être entendue, y compris en France, car des médecins de sociétés savantes pédiatriques françaises continuent de s’appuyer sur ces recommandations très problématiques. Et notamment au moment où les travaux du groupe de travail de la Haute Autorité de santé concernant les parcours de transition des mineurs transgenres de moins de 16 ans sont censés commencer en toute opacité.
Pour la première fois, le 3 février 2026, une importante société savante, l’American Society of Plastic Surgeons (ASPS) a pris une position officielle recommandant de reporter la chirurgie de changement de sexe chez les adolescents après la majorité (19 ans) et exprime de vives inquiétudes concernant toutes les transitions de genre chez les mineurs.
Au moment où un tribunal de l’État de New-York a accordé à Fox Varian, aujourd’hui âgée de 22 ans et ne s’identifiant plus comme transgenre, 2 millions de dollars de dommages et intérêts, dont 1,6 million pour les souffrances passées, incluant une double mastectomie à 16 ans, et 400 000 dollars supplémentaires pour les frais médicaux futurs, l’ASPS avertit sans détour que la chirurgie chez les mineurs comporte des risques éthiques, cliniques et juridiques accrus, et que les chirurgiens demeurent personnellement responsables de l’indication et du consentement éclairé – une responsabilité qui ne s’étend pas aux simples lettres ou protocoles.
L’ASPS réaffirme le principe selon lequel les traitements doivent améliorer la santé et pas uniquement répondre à une demande. Elle critique l’instrumentalisation selon laquelle le refus des interventions d’affirmation de genre conduirait au suicide. Elle distingue aussi les chirurgies liées au genre chez les mineurs des autres interventions de chirurgie plastique parfois pratiquées à l’adolescence, comme les réductions mammaires qui répondent à des problèmes de santé. Elle reconnaît que les interventions sont généralement justifiées pour répondre à une souffrance psychologique mais les données à long terme ne sont pas concluantes alors que les effets sont irréversibles (ablation d’organes, infertilité, médicalisation à vie, trouble de la fonction sexuelle…). L’ASPS avertit sans détour que la chirurgie chez les mineurs comporte des risques éthiques, cliniques et juridiques, ce qui signifie que les chirurgiens seront responsables de l’indication qu’ils poseront même si les patients ont consenti.
Au regard de l’ensemble de ces considérations, l’ASPS recommande que les interventions chirurgicales liées au genre, qu’elles soient thoraciques/mammaires, génitales ou faciales, soient différées jusqu’à ce que le patient ait au minimum 19 ans.
Il est temps de « dé-sidérer » les esprits et notamment ceux des médecins s’occupant des mineurs qui se disent « transgenres ». Il est temps de poser des questions à ceux qui continuent de suivre aveuglément les préconisations idéologiques de la WPATH dont les manipulations sont largement démontrées. Il est temps d’écouter les lanceurs d’alerte et les médecins qui osent enfin revenir sur des traitements qui n’ont pas fait leurs preuves.